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Les erreurs de la Commission Parlementaire sur l'affaire d'Outreau


Ce rapport est critiquable à bien des égards. Le public pourrait croire que les processus judiciaires ont été examinés pour en apprécier les qualités et les défauts. Ce n'est pas le cas. En réalité, la Commission n'avait pas pour rôle de rejuger l'affaire et s'est fondée sur les dernières conclusions du procès en appel. Elle a donc surtout cherché à dénoncer tous les éléments qui n'ont pas été dans ce sens considéré comme juste. C'est un peu comme si l'on jugeait de la qualité de la traduction d'un livre en se fondant sur la version traduite. En pareil cas, ce serait le manuscrit qui se trouverait corrigé. Or on sait pourtant  aujourd'hui toutes les anomalies dont les procès d'Outreau ont été entachés.

Il est symptomatique de constater que les enfants - pourtant reconnus par la justice victimes de viols, agressions sexuelles, proxénétisme et indemnisés pour cette raison quoique beaucoup bien moins que les acquittés - n'aient pu s'exprimer dans cette commission qui a ouvert largement son écoute aux acquittés et aux avocats de la défense. De son côté, l'expert Marie-Christine Gryson-Dejehansart, cible privilégiée des avocats de la défense, citée dans pas moins de 13 pages du tome 1 et 28 pages du tome 2 du rapport de la Commission 1 n'a eu que quelques minutes pour s'exprimer !

Cette démarche pour le moins déséquilibrée a débouché comme on pouvait s'y attendre sur le lynchage public du juge Burgaud, ce qui n'était pas pour déplaire au monde politique qui trouvait ce gros scandale opportun pour tenter d'en finir avec les juges d'instruction indépendants par rapport au pouvoir politique. Ce lynchage du Magistrat le plus médiatisé - on sait que bien d'autres magistrats que lui ont eu affaire au dossier - était d'autant plus scandaleux que les enquêtes sans complaisance tant de l'Inspection Générale des Services Judiciaires que du Conseil Supérieur de la Magistrature qui, celles-là, se sont réellement penchées sur l'instruction, n'ont pas permis de l'accabler.
 
De plus, il y a des erreurs factuelles incontestables, et donc facilement corrigibles, qui portent en particulier sur la position de l'expert judiciaire M.C. Gryson-Dejehansart,  et dont Philippe Houillon - Rapporteur de la Commission Parlementaire - a pris acte, mais qui n'ont pas pour autant été corrigées dans les rapports officiels.

1) Les conflits d'intérêt auxquels les avocats de la défense ont voulu donner le maximum d'importance ont été des mensonges que la presse a repris sans précautions suffisantes dans l'effervescence médiatique de l'époque. Voir cette lettre émanant du Conseil Général du Pas-de-Calais qui l'atteste.

2) Contrairement à ce qui a été dit, repris et colporté, cet expert n'a jamais été récusé.  Voir la lettre de Philippe Houillon

Le fait que ces erreurs soient restées en toute connaissance de cause dans des documents officiels en dit long sur le peu d'empressement des services de l'Etat à clarifier les informations sur l'affaire d'Outreau.
Cette affaire brandie dans tant de prétoires reste comme un abcès qui ne se résorbe pas. Il faudra un jour le crever proprement, ce que la Commission Parlementaire n'a pas su faire dans un contexte encore trop encombré par les débordements médiatiques et les passions.

1 voir http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-enq/r3125.asp et http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-enq/r3125-t2.asp