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OUTREAU, ANGLES MORTS

Ce que les Français n’ont pas pu savoir

Peut-on enfin tourner la page de l’affaire d’Outreau ?

Est-il seulement possible de le faire, tant les occasions de l’évoquer encore sont nombreuses, et à tout propos, tant restent tenaces les traces déposées dans nos mémoires ; tant reste vif, le trouble qui subsiste autour de l’affaire ?

Tourner la page, c’est passer à autre chose. Mais c’est, du coup, renoncer à comprendre ce qui n’a pas été compris.

Tourner la page, c’est admettre qu’il ne demeure plus de doute sur aucun des aspects de l’affaire.

Mais tourner la page, c’est aussi se priver définitivement de la formidable leçon qui, après des années de recul, se dégage de cet épisode marquant de l’histoire judiciaire française.

Ce qui est remarquable, en effet, ne tient pas tant au récit tel qu’il a été raconté, qu’à la manière dont il fut durablement inoculé dans l’opinion.

Ce processus a généré de très nombreux documents d’un grand intérêt historique, parce que leur analyse détaillée est riche d’enseignements. Enseignements qui nous conduisent à une réflexion salutaire sur notre société à différents niveaux : médico-légal, mais surtout politique, médiatique, judiciaire et social.

Contexte à l’origine du projet

L’affaire d’Outreau n’est plus à présenter, tant sont nombreux les articles et ouvrages ayant été écrits et publiés à son propos. Elle a suscité pendant une large décennie des positions passionnées, à l’origine de nombreuses publications.

Pour autant, le sujet reste largement controversé, et beaucoup de nos concitoyens éprouvent encore un malaise face à l’ampleur du phénomène médiatique qui a marqué la justice française et dont bien des aspects ont besoin d’être éclaircis. Le temps qui nous sépare des années de tumulte et de passion a un gros avantage : il nous laisse voir avec le recul, l’énormité de la mystification qui s’est développée avec ce qui ressemble à un assentiment général. Les signes patents d’anomalies et de manipulation étaient pourtant présents mais n’ont semble-t-il pas été détectés. À mesure que les années passent, les crispations s'atténuent et le temps est venu de faire paraître une étude approfondie qui considère l'ensemble du phénomène médiatique et judiciaire davantage comme un fait historique qu'il est nécessaire de documenter que comme un ensemble de faits divers propres à faire réagir émotionnellement.

L’intention de l’ouvrage

Cet ouvrage n’est dirigé contre personne et ne prétend pas refaire les procès. Il est le fait de deux enseignants qui – comme sans doute bien d’autres observateurs attentifs – n’ont pu s’accommoder de ce qui n'était pas cohérent dans le récit habituellement donné de l'affaire, et qui ont pris le temps de pas-ser au crible un grand nombre de documents en relation : pièces du dossier d'ins-ruction, rapports des Inspections générales, rapport de la Commission d'enquête parlementaire. Leur constat implacable est que paradoxes, mensonges et anomalies diverses l'ont accompagnée dans tous ses développements. Ils ont voulu en comprendre l'origine, les mettre en évidence de la façon la plus rigoureuse qui soit, et les exposer en détail aux concitoyens dont la confiance a été amplement trahie par un phénomène médiatique sans précédent, et qui ont le droit de savoir comment une telle manipulation de l'opinion a été possible.

Le travail d’investigation

Les nombreux ouvrages produits à propos de l’affaire d’Outreau (une vingtaine), d’innombrables articles de presse (plusieurs centaines), plusieurs documentaires télévisés français et belges semblent s’accorder dans les grandes lignes pour raconter la même histoire. Cette similitude pourrait conduire le public à en accepter le récit sans s’appesantir sur les particularités propres à chaque auteur.

L’investigation a donc dû se faire sur la base des signes révélateurs de la manipulation, sur le témoignage de protagonistes, sur les contre-vérités manifestes qui sont révélatrices de l’intention de tromper, sur l’ombre portée sur l’information par la forme du récit, sur les pièces du volumineux dossier qui semblent avoir été largement ignorées lors des audiences, sur les anomalies flagrantes de la procédure et tout autant la facilité avec laquelle elles ont été acceptées sans poser problème. Plusieurs années ont été nécessaires aux auteurs pour éplucher une importante quantité de documents et d’articles (une centaine d’auteurs cités en référence) afin de réunir un faisceau de preuves qui révèlent une manipulation qui fera date dans l’Histoire.

Synopsis

Après avoir brièvement rappelé les faits, insisté sur la probabilité du meurtre d’un enfant et montré la façon dont l’hypothèse a été écartée, l’ouvrage examine les symptômes de la manipulation au travers de plusieurs récits qui ont pu marquer l’opinion de manière orientée, dont les ouvrages de Florence Aubenas et du journaliste belge Georges Huercano-Hidalgo.

La piste belge, charnière remarquable de l’apparition d’une affaire d’État est étudiée en détail.

Les aspects de la psychologie sociale dans l’attente, puis durant le procès en appel révèle les interactions entre la presse et le public par l’entremise du storytelling qui se met en place et s’enracine rapidement, sans aucune prise en compte d’éléments contradictoires.

L’étude des travaux de la commission d’enquête parlementaire française tire parti du fait que le microcosme formé par ce groupe de personnes offre un champ expérimental où toute la problématique de l’affaire d’Outreau se trouve concentrée. Le volumineux rapport des auditions, opportunément archivé de manière officielle, est instructif par les erreurs qu’il contient, par la forme qu’il revêt et par les comportements qu'il traduit.

Les conséquences de la désinformation et les initiatives destinées à remettre en cause la doxa – en particulier le livre « Outreau, la vérité abusée » de M.C. Gryson-Dejehansart – sont passées en revue laissant entrevoir la complexité et toute l’ambiguïté du conflit qui s’instaure dans une société entre désir de vérité et sauvegarde des certitudes.

Le procès de Daniel Legrand fils à Rennes intervient en 2015 comme le bouquet final, où l’on retrouve, comme à l’état de caricatures, les stigmates d’une affaire à proprement parler extraordinaire.

L’ouvrage ne se limite pas au rôle des médias qui, tout en prétendant informer, sont à la limite, capables de remplacer une histoire réelle par une autre, plus acceptable socialement, politiquement. Au travers des différents chapitres et des annexes, c’est aussi le fonctionnement de notre société qui est montré, ses angoisses, sa propension au lynchage, les prises qu’elle offre à la manipulation.



Avant-Propos

Des enfants que l’on a dits menteurs, une mère que l’on a dite folle, un juge que l’on a dit incompétent, et voilà rapidement formé le récit accrocheur d’une mécanique judiciaire sans âme qui broie des gens ordinaires.

Dans le contexte des affaires politico-financières qui agitaient alors le pays, le scandale d’un réseau de violeurs d’enfants devint celui de la Justice. Pourquoi y revenir ? Personne n’a oublié, les médias y retournent régulièrement par allusions ou articles, des films ou séries télévisées aussi bien que des colloques professionnels s’en inspirent ou s’en nourrissent. Exceptionnelle, l’affaire d’Outreau est entrée dans l’ordinaire culturel de la République.

Ce n’est pas le seul paradoxe qui nous a frappés dans cette histoire. Des enfants ont été dits menteurs, et pourtant la justice a dit qu’ils ne mentaient pas. Il y a là quelque chose qui ne va pas.

Après chacun une carrière d’enseignants, les deux auteurs que nous sommes n’ont pu souscrire au récit qui semblait s’inscrire dans les scandales mémorables de la justice. Pendant plusieurs années, chacun de nous a participé à sa manière à une étude et une profonde interrogation sur l’affaire, produisant sur nos blogs les articles qui en exposaient les arguments.

Nous avons cherché ce qui ne va pas parce qu’il s’agit d’enfants et de justice. Nous avons voulu l’étudier de près pour voir ce qui se cache dans ses angles morts, comme aucune étude ne l’a encore fait.

Puis, en mai 2015, avec le procès de Rennes dit « Outreau III », les autorités politiques et judiciaires ont voulu mettre un point d’orgue à cette saga médiatique qui semblait interminable.

Ce fut une expérience déterminante que nous avons vécue tout au long de ce procès, alors que chaque jour nous pouvions mesurer l’écart surprenant entre ce que nous avions vécu en salle d’audience et les échos médiatiques qui restaient envers et contre tout accolés au récit que le public avait fini par admettre.

Les dérives dont nous avons été témoins furent à la fois une épreuve et un cas de conscience. La mystification devait être révélée, des vérités devaient être rétablies. Écrire quelques articles ne pouvait plus suffire, il nous fallait écrire un livre.

Vu son importance et les répercussions dans la société française1, nul doute que cette affaire fera partie des épisodes saillants de l’histoire qui donneront aux chercheurs du futur l’occasion de se pencher sur notre société actuelle, ses dysfonctionnements, ses peurs.


Ouvrages et citations

Les arguments développés dans ce livre reposent sur l’étude ce nombreux ouvrages. Les références bibliographiques des auteurs les plus cités sont listées ci-dessous.

Gilles Antonowicz La faiblesse des hommes Max Milo 2013

Florence Aubenas La Méprise, l’affaire d’Outreau le Seuil 2005 ou de Noyelles

Chérif Delay avec Serge Garde Je suis debout le Cherche midi, 2011

Paul Bensussan, Florence Rault, La dictature de l’émotion Bellefond 2002

Pierre Decheix L’affaire d’Outreau, la balance bloquée Auto-édition, 2005

Karine Duchochois, avec Florence Assouline, Moi Karine, innocente et cassée, Plon 2004

Antoine Garapon, Denis Salas Les Nouvelles Sorcières de Salem le Seuil, 2006

Marie-Christine Gryson-Dejehansart Outreau, la Vérité abusée,12 enfants reconnus victimes Eds. Hugo 2009. Édition numérique revue et augmentée 2015

Elsa Guiol Tous pédophiles ? Eds. La Martinière 2005

Philippe Houillon, Elisabeth Fleury Au Cœur du délire judiciaire Albin Michel 2007

Georges Huercano et Roger-Philippe Dawant Contre-enquête à Outreau, Sexe, mensonges et vérité Eds Luc Pire 2007

Alain Marécaux Chronique de mon erreur judiciaire Flammarion 2005 – 2011

Thierry Maricourt Mon enfant d’Outreau, erreur ou massacre judiciaire ? 2005

hana Mouhou Dans l’enfer du mensonge Canubis 2005

Jean Nicolas, Frédéric Lavachery Dossier pédophilie. Le scandale de l'affaire Dutroux Flammarion 2001

Acacio Pereira Justice injuste, le scandale de l’affaire d’Outreau Philippe Rey 2004

Jacques Thomet Retour à Outreau, contre-enquête sur une manipulation pédocriminelle Kontre kulture 2012

Marc Toussaint, Xavier Rossey Tous manipulés ? Avant, pendant et

après l'affaire Dutroux-Nihoul Bernard Gilson 2010

Patrice Trapier et Anne-Laure Barret Innocents, le Calvaire des Accusés d’Outreau Calmann-Lévi, 2005

Youki Vattier, Daniel Legrand père et fils, Histoire commune Stock 2008

Jean-Marie Viala Outreau ou la justice martyrisée J.M. Lafont 2004

Dominique Wiel Que Dieu ait pitié de nous Oh ! 2006

Autres auteurs cités pour leurs écrits :

Hervé Arduin, Matthieu Aron, Gilles Balbastre, Michel Bouffioux, Jean-Michel Bretonnier, Frédéric Chauvaud, Mariane Coen, Bernard de la Villardière, Jean-Michel Decugis, Jean-Michel Dehon, Eric Dupond-Moretti, Stéphane Durand­-Souffland, Eric Dussart, Marie-France Etchegoin, Jacques Floch, Jean-François Jacob, Alexandre Garcia, Michel Gasteau, François Gorin, Nathalie Guibert, Jean-Yves Hayez, Patrick Hermansen, Christophe Hondelatte, Dominique Inchauspé, Franck Johannès, Serge July, Jean-François Kahn, Daniel Karlin, Gérard Lhéritier, Gérard Lopez, Régina Louf, Frédéric Lordon, Michel Mary, Ondine Millot, Yves Moalic, Sabrina Moreau, Sophie Nivelle-Cardinale, Bruno Patino, Corinne Pehau, Acacio Pereira, Patrick Poivre d'Arvor, Emmanuel Poncet, Serge Portelli, Pierre Rancé, Claude Reichman, Jacques Renard, Patrice Reviron, Dominique Rizet, Pascale Robert-Diard, Gérard Rogge, Christophe Rossignon, Haydée Saberan, Delphine Saubaber, Benoît Smith, Robert Solé, Lucie Soullier, Jean-Pierre Stroobants, Bertrand Tavernier, Marc Toussaint, Jacques Trémintin, Jean Valbay, Frédéric Vallandré, André Vallini, D. Verdheillan, Karl Zéro .

Personnes citées pour leurs propos

Yves Bot, procureur général près la Cour d’appel de Paris ,Jean-Louis Debré, président de l’Assemblée nationale, Eric Maurel, Procureur de la République de Saint-Omer 2000-2004, Jean-Claude Marin, Directeur des Affaires Criminelles et des Grâces, Jean-Claude Monier, Président de la cour d’assises de Saint-Omer, Dominique Perben, Ancien Garde des Sceaux, Michèle-Laure Rassat, professeur émérite des facultés de droit, François Vignolle, journaliste,

Table des matières

Avant-Propos

Première partie

L’affaire d’Outreau la justice à la manœuvre

Introduction

Chapitre 1 L’affaire d’Outreau

Chapitre 2 Meurtre à Outreau : une tombe, mais pour le dossier

Chapitre 3 La piste belge : en quête d’enquête

Deuxième partie : L’opinion sous influence

Chapitre 4 Les symptômes de la désinformation

Chapitre 5 La fabrique du mensonge

Chapitre 6 Analyse du storytelling d’Outreau

Troisième partie : Justice et politique sur des rails

Chapitre 7 Dans l’attente du procès en appel

Chapitre 8 Le procès en appel sous les ors de la République

Chapitre 9 Les « mauvais procès » faits aux experts

Chapitre 10 Une bien curieuse commission d’enquête parlementaire

Quatrième partie : Les effets collatéraux et premières résistances

Chapitre 11 Le scandale des enfants exilés puis administrativement bannis

Chapitre 12 La doxa, champ contre champ 2009-2015

Cinquième partie : Une suite jouée d’avance

Chapitre 13 Le procès de Rennes : les médias sous un seul drapeau

Postface

ANNEXES

Annexe 1 Consonances et dissonances, des injections d’irrationnel.

Annexe 2 Fermer le débat, le point Godwin. (Du mal absolu au bien absolu).

Annexe 3 Lorsque des auteurs de référence s’égarent

Annexe 4 Le catalyseur de la manipulation : l’effet ASCH

Annexe 5 La collusion en matière de politique, de justice et de criminalité

Annexe 6 Pour être exhaustif : portraits

Annexe 7 Commission d’enquête : Questions idiotes posées à Fabrice Burgaud

Annexe 8 Pièces à conviction



Couverture : Escher Cube Par Len zuò (Renzo)
CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1454250

1 Outreau est devenu un nom commun. Brandi comme un talisman dans les prétoires, il est encore de nature à tétaniser les jurés et altérer la qualité des audiences.