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Outreau pour les chercheurs de vérité

Témoignage de Me Leduc-Novi devant la Commission parlementaire


L'audition de Me Leduc-Novi, avocate de l'association "Enfance Majuscule", partie civile dans l'affaire d'Outreau, par la Commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Outreau a eu lieu le 1er février 2006 a fait l'objet d'un enregistrement vidéo. Il est délivré en quatre séquences successives.


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Quelques passages


Le texte complet de l'audition de Me Leduc-Noviest disponible sur le site de l'Assemblée Nationale.

Quelques passages particulièrement significatifs sont donnés ci-dessous :

Je tenais à le dire. Notamment, l'image médiatique de ce procès est en complet décalage avec la vérité judiciaire, puisque, il faut le dire, le redire et le marteler, douze enfants ont été reconnus victimes de viol, de sévices sexuels, de corruption de mineur, ou de prostitution. Cela n'apparaît pas dans la presse. C'est la raison pour laquelle nous sommes, les uns et les autres, assez bavards devant vous. Nous vous prions de nous en excuser, mais c'est l'une des rares fois où nous pouvons enfin prendre la parole et les défendre, ces pauvres enfants, qui sont un peu comme l'Arlésienne, puisqu'on parle tout le temps d'eux mais on ne les voit jamais.

,...en février 2000, les enfants sont placés chez des assistantes maternelles. Et peu à peu, ils racontent les sévices dont ils sont l'objet. Ils racontent qu'ils sont violés, que leurs parents boivent beaucoup, qu'ils invitent des gens chez eux, qu'ils ont des ébats sexuels devant eux, qu'on les force à participer, qu'on leur met du gel dans l'anus, qu'on leur introduit des objets en plastique, des sexes en plastique. Ils donnent des détails très précis qui font que, quand on prend connaissance de ce dossier, je vous le dis comme je le sens, on y croit. On se dit : oui, effectivement, il se passe quelque chose de très grave.

Malgré le placement en février 2000, le juge des enfants ne suspend pas tous les droits de visite et d'hébergement des parents. Il ne le fait qu'en décembre. Cela veut dire que pendant des mois et des mois, ces enfants vont parler à leurs assistantes maternelles, tout en leur disant qu'ils ont très peur de parler, parce qu'à chaque retour dans leur famille, cela se passe très mal. Aujourd'hui, on fait le procès des assistantes maternelles. C'est un peu facile.

On fait le procès du juge d'instruction. Je ne suis pas son avocat, et j'ai suffisamment prouvé, en faisant condamner l'État français, à quel point je pouvais me méfier de la juridiction. Mais je trouve profondément injuste cette espèce de lynchage médiatique dont fait l'objet ce juge, qui, lorsqu'il a été saisi, en février 2001, avançait en terrain complètement miné. Miné, pourquoi ? Parce que durant l'enquête préliminaire, il aurait fallu mettre l'immeuble de la Tour du Renard sous surveillance, il aurait fallu procéder à des écoutes téléphoniques, il aurait fallu faire des filatures. Et cela n'a pas été fait. Et pourquoi ? Parce qu'on manque de moyens, parce qu'il n'y a pas suffisamment de policiers. Il a fallu attendre mai 2001 pour que le SRPJ débarque dans ce dossier.

En mai 2004, quand s'ouvre le procès de Saint-Omer, il n'y avait quasiment pas de preuve matérielle. Vous savez tous que pour qu'une enquête de police ait des chances d'aboutir, les investigations doivent être menées dans les premiers temps, et pas après. Après, les gens s'organisent, ils savent qu'il y a une enquête, ils s'évaporent dans la nature, et c'est fini. Il faut donc être très prudent. Ce dossier était extraordinairement complexe. Je ne suis pas d'accord pour faire aujourd'hui le procès d'un homme. Je dis que ni les policiers, ni le juge d'instruction, n'avaient les moyens de travailler. Tant que des budgets sérieux ne seront pas votés, il y aura d'autres Outreau.

En mai 2004, nous savions que nous aurions très peu de preuves matérielles, nous savions que ce serait très dur, parce que pratiquement tout reposait sur les épaules des enfants. En outre, certains accusés avaient avoué mais se sont rétractés par la suite. C'était donc parole contre parole. J'ai vu un spectacle insoutenable. Vous savez tous que la procédure, aux assises, est orale. En conséquence, il faut que les victimes viennent s'exprimer devant la cour. Vous savez tous également que le président a accès au dossier, mais pas les jurés ni les assesseurs. Donc, les enfants devaient venir témoigner. Les alliés naturels de ces enfants n'étaient pas là. Les policiers, le bras armé de l'accusation, n'étaient pas là. Dans tous les procès d'assises, ils sont là.

Autre anomalie, le conseil général, administrateur ad hoc, n'avait désigné que deux avocats. Or, devant nous, nous avions une armée : dix-sept prévenus avaient chacun leur avocat. C'était parole contre parole, je vous le rappelle. Heureusement que les avocats des associations étaient présents. Quand je vois que l'on ose faire un procès aux associations, les bras m'en tombent. Heureusement que nous étions là ! Parce que moi, je les ai vus, ces enfants, qui étaient tout petits, et dont certains étaient complètement terrifiés. Ils étaient sur une petite estrade et devaient parler dans un micro, face à la salle dans laquelle se trouvaient leurs parents, avec leurs avocats. J'ai demandé à ce que les parents sortent, comme les textes le permettent, tout en laissant leurs avocats dans la salle. Cela a été refusé.

Ces enfants, c'est tellement facile de s'en moquer ! C'est tellement facile qu'ils se sont contredits, qu'ils se sont rétractés ! Mais il faut voir les conditions dans lesquelles ils ont été auditionnés. C'est purement et simplement scandaleux. Comment voulez-vous que des enfants puissent mettre en accusation leurs parents, avec le degré de culpabilité que cela suppose, et la peur ?

Lorsqu'ils se sont retrouvés à la cour d'assises, la plupart d'entre eux étaient tétanisés. Il y a un petit que j'ai dû consoler. Il était en larmes parce que son frère, qui venait de passer avant lui, s'était fait traiter de sale menteur. Il faut voir aussi ce qu'on a vécu. Cela a vraiment été très dur pour les enfants. C'était une foire d'empoigne, disons les choses telles qu'elles sont. Il faut essayer de se replacer dans le contexte de l'époque et voir ce qui s'est passé, jour après jour. Je pense que ces enfants n'ont pas eu la défense qu'ils méritaient.

Enfin, un mot sur la presse. Après le procès de Saint-Omer, on a assisté à ce que l'on peut presque qualifier de campagne de presse. Les accusés étaient invités sur les plateaux d'émissions extrêmement prestigieuses. Dans certaines émissions, il n'y avait aucun débat contradictoire. La parole était donnée aux accusés, ce que je trouve normal. Mais comment se fait-il que ces journalistes n'aient pas invité au moins des représentants des enfants ? Il me semble que c'était la moindre des choses. Quand les enfants sont arrivés à la cour d'assises de Paris, ils étaient quasiment précédés par l'opinion publique, qui disait d'eux qu'ils étaient des menteurs. Et voilà. Le procès d'Outreau, c'est un fiasco judiciaire, pour les acquittés, c'est sûr, mais également pour les enfants.