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Outreau pour les chercheurs de vérité


L'expert Jean-Luc VIAUX s'exprime dans la presse


Comment pourrait-on reprocher à un homme de s'exprimer si sa conscience l'exige ?

Alors que le sort des personnes accusées s'expose en permanence dans la presse et sur les écrans, la scandaleuse condition que connaissent les enfants victimes semble n'émouvoir personne. Il est vrai que les professionnels qui les ont en charge ont une obligation de réserve du fait de leur minorité. La défense dispose alors d'une quasi exclusivité dans les médias. C'est l'une des causes essentielles des déséquilibres préjudiciables aux parties civiles. Le 25 mai 2004, Jean-Luc Viaux s'exprime dans un « courriers des lecteurs », puis le 4 juin en répondant à un interview dans Le Parisien
 

coupure Le Monde 25/05/04

Coupure du journal Le Monde du 25 mai 2004

Note :Le courrier qui précède celui de J.L. Viaux est intéressant à plus d'un titre. Il révèle très bien la colère de la population qui semble déjà totalement acquise à la cause des accusés et au "calvaire" qu'ils subissent alors même que le verdict n'a pas été rendu. C'est en quelque sorte le triomphe du procès-trottoir.
S'agissant du courrier de J.L.Viaux, on remarque qu'il a fait l’objet de plusieurs coupures de la part de « modérateurs » (…)

Transcription

Comment les journalistes qui connaissent tant soit peu la machine judiciaire peuvent-ils décider d’eux-mêmes que le témoignage de tel ou tel suffit à innocenter celui-ci et à accuser celui-là ? Comment peut-on soutenir que Mme Badaoui est le lundi une menteuse qui accuse de façon incroyable (…)

pour devenir le lendemain une personne pardaitement crédible parce qu’elle innocente (…)

C’est une façon d’enterrer un procès qui n’est pas fini loin de là (…)

Ce n’est ni M. Delay ni Mme Badaoui qui ont révélé et accusé… Ce sont les enfants dont les propos révèlent et accusent. Et sauf erreur, ils n’ont pas encore dit qu’ils retiraient ce qu’ils ont soutenu devant la cour.

Qui a menti dans cette procédure ? Les adultes – seulement les adultes et beaucoup d’adultes. Ce n’est pas Mme Badaoui qui accuse M. Marécaux d’inceste, mais son fils : cette accusation est-elle levée par la nouvelle version de Mme Badaoui ? (…)

Ce ne sont pas les enfants qui ont changé trois fois de version en huit jours, mais Mme Grenon. Le témoignage des enfants est intact à ce jour. C’est un mensonge de prétendre que leur parole a été « sacralisée » dans cette affaire, comme vous le savez, puisque vous avez eu en main les expertises et que vous en avez publié des extraits.

Ce ne sont ni ces enfants ni le couple Delay qui sont allés chercher la presse dans cette affaire, pour faire pression de façon désordonnée sur le juge. Il était jeune , écrivez-vous, et alors ? Comment un juge, jeune ou vieux peut-il travailler sereinement quand le moindre de ses actes de procédure se trouve le lendemain publié dans la presse ou à la télévision ? Balayez donc devant la porte des médias avant de piétiner la justice : qui vous a remis le dossier d’instruction ? Dans quel but ? Qui manipule depuis le début pour disqualifier les propos des enfants – qui ne se résument pas aux enfants Delay (…)

Les journalistes ont le droit, comme tout un chacun, de penser que ces gens sont innocents – c’est respectable. Mais fonder l’erreur judiciaire sur les revirements successifs de deux personnes, dont finalement le rôle dans cette affaire reste à élucider, c’est quand-même étonnant. Il y a peut-être des innocents… des erreurs de procédure comme dans toute affaire, mais attendons la fin, au lieu de démolir d’un revers d’émotion ce que vous défendez par ailleurs tout au long de l’année.

Le très long travail de centaines de professionnels pour faire reconnaître que des enfants sont victimes, qu’il faut les écouter, qu’il faut solidifier un dispositif de recueil de la parole de l’enfant, vont s’effondrer parce que, de haut en bas, la journalistique française brûle sur la foi d’une parole hystérique ce qu’elle a adoré.

Je suis en colère, et j’ai le droit de l’être. Pas parce que je suis expert dans cette affaire – ce qui me donne tout juste le droit de me taire – et que je n’ai aucune conviction sur la culpabilité d’un tel ou d’un tel – ce n’est pas ma mission. Mais parce que de rapports en commissions, de propositions en projet, je me bats pour qu’un vrai dispositif de professionnels formés soit mis en place, pour que les experts soient formés, pour qu’on cesse de mythifier les savoirs psy, pour qu’on ne martyrise plus les enfants devant les cours d’assises. Lamentable. Jean-Luc Viaux.


coupure Le Parisien 4/06/04

Coupure du journal Le Parisien du 4 juin 2004

Transcription

Aujourd’hui, on dirait de lui qu’il est un lanceur d’alerte. Cet expert psychologue qui a expertisé les enfants Delay dans le cadre de l’affaire d’Outreau a rendu compte des dérapages qui s’opéraient lors de ce procès. Mais loin de replacer le débat sur les pratiques qui auraient dû être, son propos n’a servi qu’à permettre aux avocats de la défense de renforcer s’il en était besoin toute l’énergie qu’ils ont déployée pour tenter de décrédibiliser les expertises qui venaient éclairer la cour sur les témoignages des enfants.

Voici la transcription de ses propos tels qu’ils ont été relevés par Pascale Egré. Psychologue et professeur à l’université de Rouen, Jean-Luc Viaux est l’un des deux praticiens qui ont expertisé la parole des enfants dans l’affaire de pédophilie d’Outreau. Il doit être auditionné aujourd’hui par la cour d’assises à Saint-Omer.

Pourquoi êtes-vous en colère ?

Jean-Luc Viaux. Parce que l’absence de sérénité qui entoure le procès est déplorable. Que la justice innocente tel ou tel accusé, cela est logique. Que l’on prenne parti pour ou contre tel ou tel, passe encore. Mais qu’on se mette à tout démolir au prétexte qu’une personne (NDLR Myriam Delay) change de versionsans arrêt, non. Les enfants et la réalité des agressions qu’ils ont subies sont-ils en cause ? La réponse est non, même si la question de « qui leur a infligé ces abus reste entière. Quant à leurs conditions d’audition devant la cour d’assises, c’est une horreur. On ne respecte pas assez les enfants. Il y a près de 50 personnes dans la salle, à qui ils doivent faire face. En Angleterre, les enfants victimes sont systématiquement placés dans une salle à part et entendus via un circuit vidéo fermé.
Globalement, je crains que ce procès marque un « retour de balancier », c’est à dire qu’après des années de bataille, on mette en doute l’intérêt même du témoignage des enfants dans les affaires de ce genre et qu’on cesse d’œuvrer à l’amélioration des dispositifs de recueil de la parole de l’enfant.

Comment l’expert recueille-t-il cette parole ?

Par une méthode à la fois simple et compliquée. Elle vise d’abord à estimer l’âge de développement de l’enfant, à la fois sur le plan intellectuel et affectif. Cette évaluation permet de le situer à un âge qui ne correspond pas toujours à son âge réel. Il faut savoir par exemple que jusqu’à 10-11 ans, un enfant n’a pas la capacité à être précis sur quand et combien de fois un événement s’est produit. L’expert tente ensuite de voir comment l’enfant distingue le vrai du faux, le réel de l’imaginaire. Il le met en situation de raconter sans lui poser de questions directes. Il vérifie la cohérence, le fonctionnement de la mémoire, l’évolution des versions successives. Souvent, les enfants gardent en mémoire l’émotion centrale et perdent les détails périphériques. On peut estimer par exemple que l’apparition de détails de plus en plus précis au fil des récits est le signe d’une falsification. La dernière étape consiste enfin en des tests spécifiques, notamment via des dessins.

Les enfants mentent-ils ?

La question n’est pas là ! Oui, les enfants mentent, comme les adultes, comme tout le monde. La question est de savoir si l’enfant est capable de falsifier une douleur qu’il n’a pas ressentie. Et là, la réponse est non ! Les cas les plus patents quoique assez exceptionnels sont liés à des situations de conflits parentaux ou l’enfant est affectivement obligé de choisir entre l’un ou l’autre de ses parents.
Lorsque l’expert déclare les propos des enfants « crédibles »[1], valide-t-il ainsi les accusations qu’ils ont pu porter ? L’expert est chargé d’établir la « vérité psychologique » du sujet, de vérifier l’authenticité et la cohérence de ses propos. Il n’est pas là pour établir une vérité judiciaire. Ce rôle appartient aux policiers et aux magistrats.

[1] Le mot crédible ou crédibilité a été aujourd’hui banni du vocabulaire des psychologues et des experts.]