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Outreau pour les chercheurs de vérité

Le dossier n'était pas vide !


Audition de M. Gérald LESIGNE, procureur de la République près le tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer

Séance du 9 février 2006

Quand les membres de la Commission ont un OUF de soulagement

Après la première partie de sa déposition, les membres de la Commission Parlementaire - qui devaient probablement commencer à transpirer - ont eu un OUF ! de soulagement... Le Procureur Lesigne venait juste d'ajouter une phrase qui indiquait clairement qu'il abonderait dans le sens attendu par la Commission :

«À l’instant où je m’apprête à conclure sur l’analyse du dossier, je voudrais vous dire que, malgré tout cela, je suis profondément convaincu de l'innocence de toutes ces personnes.»

Pourtant, à la lecture du rapport dont l'extrait est donné en annexe, on pourrait se demander s'il ne faut pas prendre cette phrase au second degré. Car comment faire le lien entre la conviction qu'il énonce et les éléments qu'il donne du dossier ? Les éléments factuels qu'il évoque donnent un tout autre éclairage que celui qu'ont apporté les suspicions maniées à tour de bras sur la parole des petites victimes :

Les expertises médicales, quant à elles, faisaient apparaître que les mineurs Delay présentaient des signes cliniques qui posaient question. La première expertise faisait apparaître que, pour deux des mineurs concernés, un toucher rectal révélait une complaisance compatible avec l’existence d'abus sexuels. Ces expertises revêtaient une importance considérable. En effet, ces mineurs avaient été retirés à la garde de leur famille depuis une longue période. Compte tenu des temps de cicatrisation, qui sont très brefs chez les jeunes enfants, il apparaissait qu'ils avaient plausiblement été victimes d'abus sexuels très importants.

Cette expertise médicale nous était cependant apparue insuffisante, ce qui nous avait amenés à solliciter une nouvelle expertise médicale, confiée, là aussi, à un expert inscrit sur la liste nationale de la Cour de cassation, qui s’était acquis également une réputation importante. J’ai parlé du professeur Mme Dominique Lecomte. Sa mission était de déterminer si ces simples signes cliniques constatés sur les mineurs étaient caractéristiques d'abus sexuels de la nature, de l'importance, de la récurrence de ceux qui étaient dénoncés par eux. Le verdict est tombé, sans aucune ambiguïté : oui, répondait l'expert, sans aucune nuance, à la question qui lui était posée. Nous avons donc les propos des mineurs, corroborés par des examens médicaux, corroborés par des examens psychologiques, et surtout corroborés par les déclarations d'un certain nombre d'autres mineurs.

Myriam Badaoui n'est pas le personnage le plus important

Lorsque l'avocat Me Delarue intervient sur France-Info le 29 décembre 2014 à propos du prochain procès de Daniel Legrand, il se répand comme on pouvait s'y attendre sur l'affaire d'Outreau et martèle à nouveau les idées reçues que la défense a réussi à inculquer dans le public :

«On a croisé la parole d'une mythomane avec celle d'un enfant fou !»

Il apparaît pourtant d'après la déposition du Procureur Lesigne, que Myriam Badaoui n'était pas le personnage central que l'on imagine dans le public :

Mais ce n'est pas le personnage de Mme Badaoui qui apparaît comme étant le plus important dans ce dossier. Le personnage le plus important, parmi les adultes qui reconnaissaient leur culpabilité, c'est Aurélie Grenon.

Des enfants fous... Vraiment ?

Parmi les poncifs qui circulent sur l'affaire d'Outreau, il y a cette phrase du Procureur Lesigne lors du procès de Saint-Omer : « ces enfants sont fous » . Il s'agit essentiellement d'une réflexion lancée à la cantonade comme un geste d'exaspération le 2 juin à la sortie de la salle d'Audience, et reprise comme un scoop par la presse et la critique favorable à la défense. Pourtant, à lire sa déposition devant la Commission Parlementaire, on voit autrement la manière dont devaient être considérés les déclarations des enfants :

Permettez-moi de m’arrêter quelques instants sur les propos tenus par deux des mineurs de la Tour du Renard. Les déclarations de l'un d’eux s'avéraient extrêmement précises, et ont été renouvelées jusque devant la cour d'assises de Saint-Omer. Il disait, le 24 septembre 2001 - c'est la cote D681 - de M. l’abbé Wiel : « Il a mis un objet en plastique dans mon derrière après avoir abaissé mon pantalon et mon slip. Il en a fait de même à l’égard de Y et de Z. » Il ajoutait, en parlant du couple Delay : « Madame nous violait. Elle mettait des objets dans notre derrière. Son mari filmait. » Ses propos n'étaient pas ambigus. Ils étaient tenus par un enfant qui avait été déclaré crédible par l'expert psychologue qui l’avait examiné.

De même, les propos d'un enfant, qui présentaient peut-être encore beaucoup plus de caractéristiques de sincérité. Le 15 octobre 2001, il parlait en ces termes de M. Delay :« Il était très méchant. Il mettait son zizi dans la bouche et le derrière des enfants. C'était dégoûtant. Il a mis son zizi dans ma bouche, sans faire pipi. Puis, il l’a mis dans mon derrière, et ça m'a fait très mal. J'ai été ensuite obligé de mettre mon sexe dans la bouche des enfants. » Il décrivait cette scène avec beaucoup de détails, qui semblaient être vécus.

Le 16 mai 2002, il renouvelle ses accusations contre M. Delay, mais il accuse aussi M. l’abbé Wiel : « Il m'a poussé dans le lit. Il a menacé de me frapper. Je me suis déshabillé. Il s'est mis tout nu, pareil que moi. Il avait un petit bout rouge au bout du zizi. Il a voulu me le faire manger. J’ai dit non. C'était dégoûtant. J’ai pensé que c’était du poison. »

La rétractation de Daniel Legrand

«Lorsqu’il se rétracte, au milieu d'un interrogatoire, il le fait de manière relativement brusque, après s'être entretenu quelques instants avec son avocat, et après avoir tenu des propos incohérents.»

Au moins c'est clair, il s'agit d'une rétractation conseillée par son avocat. Rappel des faits :

Le 4 janvier 2002, Daniel Legrand adresse au juge d'instruction une lettre dans laquelle décrit le meurtre d’une fillette auquel il aurait assisté.

Le 9 janvier 2002, lors d'une audition, il donne de très nombreux détails, et le même jour, Myriam Badaoui va le confirmer à quelques différences près.

Le 18 janvier 2002 Daniel Legrand, examiné par le psychologue Michel Emirzé confirme avoir assisté au meurtre de la fillette.

Le 19 février 2002, Il est entendu par le juge sur la façon dont il a réussi à faire partir sa fameuse lettre concernant la mort d’une fillette à la rédaction de France 3. Lors de cette audition, il ne remet pas en cause sa participation et confirme avoir agi ainsi « pour dire la vérité et que cela se sache » il ajoute : « je n’ai rien à cacher. Je l’ai fait pour que tout le monde sache ce qu’ils ont fait ».

De son côté, l'enfant victime Jonathan Delay, (8 ans à l'époque), avait révélé les faits à deux experts, M.C. Gryson-Dejehansart et J.L. Viaux.

Voici le récit qu'il donne d'après l'expertise ("Outreau, la Vérité abusée" M.C. Gryson-Dejehansart p 105) :

« La petite fille, je la connaissais… j’y étais… je la comprenais pas… elle avait 5 ans, en robe rouge… des fois elle parlait, elle avait peur… elle a été massacrée par mon père… elle a été violée… elle a été tapée… mon père, il avait comme les policiers, un bâton. J’ai été dans ma chambre… je disais : arrête, il continuait… elle a saigné à la jambe [l’enfant a les yeux écarquillés, il semble assister de nouveau à la scène, la respiration est haletante]… elle hurlait… Mon père, il continuait et elle est morte… et les grands regardaient…»

Une pause est proposée à l’enfant, mais il n’entend pas et il continue à revivre la suite de la scène :

« C’était la nuit après, il y avait quelque chose qui craquait en dessous du lit… c’était la petite fille emballée dans le Balatum, j’ai hurlé… mon père est venu, il m’a dit, tu me rends un service… j’étais prêt à sauter par la fenêtre… j’avais peur… plein de sang en dessous du lit […]. » L'enfant se penche comme s'il regardait une nouvelle fois sous son lit.»

Note : "je la comprenais pas" est un détail qui a sans doute son importance. Dans un récent article de RTBF Info , on apprend qu'un enfant immigré sur deux arrivant en Europe disparaît dans les 48 heures ! Même si tous ne connaissent pas forcément un sort funeste, on peuut imaginer qu'en l'occurtence, il devait probablement s'agir d'une enfant immigrée.

L'explication que donne Gérald Lesigne pour la rétractation de Daniel Legrand laisse pourtant songeur :

« Daniel Legrand fils a indiqué très rapidement les raisons pour lesquelles il avait inventé cette histoire de toutes pièces. Il pensait qu'en faisant des révélations, il obtiendrait plus facilement, à l'instar d’Aurélie Grenon, sa mise en liberté provisoire. D’autre part, il s'agissait, pour reprendre le terme qu'il a utilisé durant son audition par notre commission, de « coincer » Mme Badaoui en la prenant à son propre jeu.»

En d'autres termes, Daniel Legrand se serait compromis publiquement dans un meurtre pour tenter un coup de bluff ! Quand on sait à quel point la défense a fait usage de l'argument d'invraisemblance pour parvenir à décrédibiliser l'accusation, pour le coup, on est servi ! Comment peut-on accepter un tel argument sans être crétin ou de mauvaise foi ?

Pour en savoir plus, voir l'extrait du procès-verbal de la déposition de Gérald Lesigne devant la commission parlementaire